Les petits mouchoirs de mes aïeux.

Ma maman est décédée avant que j’ai pu lui offrir, mon petit mot d’hommage… Je l’avais préparé pour ses 80 ans.C’était le 17 décembre et elle était à l’hôpital.

Elle nous a quitté le 26 décembre, sans être rentrée à la maison.

Hommage à ma mère!

Aujourd’hui, je m’occupe de mon papa et le repassage de son linge m’amène à un retour arrière qui touche ma sensibilité.

Dans son linge, je retrouve des traces qui me parlent de ma mère. Les pointes qu’elle avait mis au pantalon trop étroit pour élargir la taille et les reprises de certaines chaussettes.

Mais ce qui m’a le plus frappé, ce sont les mouchoirs. Papa garde en effet encore souvent en poche un mouchoir tissu… ( et ce qui est trop bien c’est qu’il ne présente pas de risque, si je l’oublie dans la poche avant de le passer à la machine!! )

les trois mouchoirs de mon papa!

Ce soir au repassage, j’avais trois mouchoirs. Trois qui m’ont parlé, d’Antonia, de Suzanne et de Paulette, mes grands mères et la marraine de mon papa. Chacun avait sa personnalité.

Ma grand mère Suzanne avait fait ceux qui me plaisent le plus. Le tissu est fin et raffiné, une cotonnade toute simple et douce. Le travail qu’elle a effectué dessus lui donne cependant toute sa valeur. Un ourlet roulotté et des petits jours faits main bordent tout le tour. Les initiales sont brodées avec un fil satin et les lettres bien bombées sont ornées de fantaisie.

Paulette était une artiste en broderie. La marraine de mon papa m’avait d’ailleurs donné des cours lorsque j’étais jeune fille. Elle a brodé un M pour le prénom de mon papa en jaune et grande classe, sur un mouchoir à carreau bien coloré.

Mais le mouchoir qui me touche le plus c’est celui de ma grand mère Antonia. Elle a brodé un mouchoir plus moderne, dont les finitions sont faites en usine. Son tissu est fantaisie et comporte des carreaux en relief. La broderie est très simple, faite de quelques points de croix. Mais cousue de fil rouge sur le tissu blanc, elle affiche timidement ses deux initiales. Et surtout il est tellement usé, qu’il a acquis de la transparence et arbore les petits croisillons des raccommodages. J’aime imaginer la patience des soirées de reprisage, pour ma grand mère, maman de 4 garçons… Si tous les mouchoirs ont été traités comme cela! C’est bien quelques bonnes dizaines d’heures d’application et de patience que je tiens entre les doigts

En cette période de rangement, j’ai trouvé au grenier ce qui avait pu servir de support à l’apprentissage de ce fin travail de reprise. Un livre « d’Enseignement Ménager »… avec des majuscules, je vous prie!

Je ne boude pas le plaisir de quelques citations… (qui vous feront peut-être bondir!), mais je crois bien que ce livre méritera que je revienne dessus

Mme Sage, quel nom bien porté pour l’auteur de cet ouvrage dit ainsi,sur le partage des taches dans le foyer, »en obtenant pour sa part les travaux du ménage, la femme a eu la meilleure part. Quel travail peut être plus agréable que celui de caresser de ses mains, qu’on me permette l’expression, le nid ou l’on demeure? Quel plaisir plus intense que peut éprouver une femme que de sentir heureux les êtres qui l’entourent, et heureux grâce à ses soins »!

Ainsi étaient élevées nos grands mères… comme j’aimerais maintenant pouvoir en parler avec elles!

Faute de le pouvoir, je caresse de mes mains, les mouchoirs qu’elles ont brodés … et peut être aussi dans lesquels elles ont pleuré?