Musée de la viscose, Echirolles et réflexions sur le monde du travail

                « Musée de la viscose. Échirolles »

Ce bâtiment ne paye pas de mine. Il faut le trouver au détour de petits chemins entre des friches industrielles. Crée sur le site de l’usine maintenant démolie, par d’anciens viscosiers, cette petite maison était une annexe, le foyer ou quelque chose de ce genre?

Voilà longtemps que je voulais y faire une visite, avec mes parents, qui ont vu se développer la mode de la viscose, cette fibre synthétique « naturelle » .

J’ai trouvé cette visite passionnante sur plusieurs points.

Tout d’abord j’ai découvert le procédé qui, a partir du bois, permettait d’obtenir ce fil souple et brillant. Issu d’une matière noble et naturelle comme le bois, c’est néanmoins avec force de traitements chimiques dangereux pour les ouvriers que se faisait cette transformation. Les conditions de travail étaient si éprouvantes, atmosphère étouffante, chaleur, odeur… qu’il était difficile de recruter. C’est donc en faisant appel à une forte immigration que l’entreprise pu recruter son personnel. C’est en effet pas moins de 90 % de population étrangère qui constitua les équipes d’ouvriers.

Plus de 40 nationalités différentes travaillaient ainsi ensemble. Déplacer toute cette population avait cependant demandé de construire les hébergements adaptés alentours. Ainsi une cité ouvrière avait été bâtie dans la proximité de l’usine. Mais ce melting pot, ce patchwork de tant d’horizons différents avait fini par former une véritable petite société. Ainsi, autour de ses équipes de sport collectifs, ou lors des rassemblements festifs cette population déplacée, sans racines sur place, venant de Hongrie, Pologne, Italie, Roumanie…  forme une nouvelle communauté.

Il est intéressant, lors de cette visite d’observer le travail réalisé dans le cadre de la gestion des ressources humaines. Je n’ai pas trouvé de mots savants concernant le management, rien qui ne fasse penser à une élaboration scientifique d’un mode de gouvernance… Pourtant il émane de cette visite le sentiment d’un accompagnement paternaliste de la population ouvrière, qui avait abouti à un véritable esprit d’entreprise. École, centre social, église, stade et encore colonies de vacances, bibliothèque, mutuelle,société d’entraide…

De l’attachement à l’entreprise, résulte d’ailleurs ce musée, né de la volonté d’anciens ouvriers. C’est un beau témoignage!

Aujourd’hui la gestion des ressources humaines est devenue une science. Elle fait l’objet de formations avancées. Les enquêtes et rapports sur la qualité de vie au travail sont élaborés et présentés en comité hygiène et sécurité, conseils d’administration… Le dialogue social est établi en instance, légiféré. Mais je ne sais pas si nous sommes à la hauteur des défis qu’ont relevé ces chefs d’entreprise du début du 20me siècle.

Les ouvriers témoignant dans les archives ou les visites ont souvent fait leur carrière à la viscose. Aujourd’hui il est vrai que ce type de lien avec l’entreprise est révolu. La société bouge vite, les techniques et l’économie sont en perpétuelle évolution. Ainsi la période est plutôt au flexible. On peut donc comprendre qu’il sera difficile de retrouver l’esprit de corps qui a pu animer ce genre d’entreprise.

La flexibilité voulue par le législateur dans les évolutions de la loi travail rendra probablement l’entreprise plus adaptable aux évolutions nécessaires? La souplesse d’adaptation de l’entreprise sera peut être plus favorable à sa survie économique.

En favorisant la formation tout au long de la vie, l’accès au chômage de façon élargie également par exemple aux autoentrepreneurs ou agriculteurs… on peut aussi espérer que le travailleur saura mieux s’adapter aux changements sociaux et économiques.

Actuellement, cependant, l’efficacité du modèle n’est pas encore bien vérifiée. Peut être que plutôt que de se sentir flexible, l’employé peut avoir le sentiment d’être jetable? Car à l’heure ou il y a beaucoup d’affichage sur la qualité de vie au travail, on observe cependant une recrudescence de symptômes alarmants; absentéisme, burn out, voire jusqu’au suicide..

Se pencher sur l’histoire est souvent une façon intéressante de faire avancer les réflexions.

Merci au musée de la Viscose!

https://www.echirolles.fr/culture-sports-loisirs/expos-et-musees/musee-de-la-viscose

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