Il n’y a pas de sot métier?… ou les sots métiers ne sont pas ceux qu’on pense?

Éloge de ceux qui entretiennent la vie, avec simplicité, application, passion…

Dur de choisir un métier!

Dès 5, 6 ans des projections de nos parents sont exprimées: « ce sera une artiste! » »tu seras avocat mon fils! ». C’est comme si, par nature, on devenait quelque chose, quelqu’un, à travers notre activité professionnelle

Dès 13 ans, 14 ans, des vœux sont à exprimer pour l’orientation

et en fait, à 25 ans, beaucoup de nos jeunes sont toujours en recherche … J’en connais encore, qui a 50 ans, font des bilans de compétence pour savoir comment finir en beauté une carrière, essoufflé par un épuisement professionnel, ou une perte de sens dans leur activité

Pour ma part, j’ai toujours voulu faire un métier utile.

J’aimais me tenir à l’écoute. Je trouvais enrichissant la rencontre. J’ai choisi naturellement d’être infirmière et je ne l’ai jamais regretté. Ce métier m’a appris beaucoup sur la fragilité et la valeur de la vie. Je mesure la chance d’une respiration, d’un pas, de la vue… Je connais la puissance des sentiments; tendresse, amour, joie…et peine! Les patients, les familles, les collègues, que j’ai rencontrés m’ont permis l’ouverture à tous les milieux sociaux. Autant d’expériences de vie croisées, ont été comme autant de livres ouverts. Mon métier m’a fait vivre, honorablement. M’a permis de changer régulièrement de poste, d’avoir des expériences variées, de me former et me perfectionner tout au long de ma carrière. J’ai eu beaucoup de satisfaction à être dans les moments difficiles d’une personne, d’une famille, celle qui aura pu apporter un petit plus. J’ai bénéficié de tant de petits signes de considération, de marques de reconnaissance, qui m’ont permis d’aimer mon métier, jusqu’à ce jour. Bien sur, tout n’a pas toujours été rose. Mais j’ai le sentiment d’une balance largement équilibrée.

Travailler, apporter sa pierre à un édifice commun, de quelque façon que ce soit.
Ma pierre à l’édifice

Lorsque j’ai eu des enfants, j’ai souhaité les accompagner à un métier qui leur permette de vivre confortablement… matériellement.

Passe ton bac d’abord… Je l’ai souvent répété à mes enfants et me suis finalement conformée à un standard social dans leur éducation . Alors que, pour moi même, mes choix n’avaient été motivés que par la poursuite d’un équilibre personnel et l’enrichissement humain possibles au travers de mon métier.

Au final, je constate que je n’aurais pas souhaité que mes enfants travaillent dans un secteur professionnel peu considéré.

Et pourtant, aujourd’hui, j’ai un regard différent sur la conception d’un « métier utile », cet objectif poursuivi dans ma jeunesse pour mes choix professionnels. Car au final, ils sont nombreux ceux qui mettent leur pierre dans la construction de notre société et œuvrent au bien public.

Je pense ainsi aujourd’hui, qu’il y a moins des métiers utiles, que des façons utiles de pratiquer son métier?

La façon d’être accueillie à la terrasse d’un café, l’écoute au guichet de la poste quand on maitrise mal le français, le chauffeur de bus qui patiente quelques secondes en vous voyant arriver en courant…. chacun a pu expérimenter ces petits moments qui colorent plus ou moins agréablement notre journée.

Ainsi, dans l’exercice de son métier, apporter de la considération à ce que l’on fait, pourquoi on le fait et pour qui, donne toute sa valeur au travail exercé.

Je trouve dommage que, dans notre société, la considération aille avec le titre, le costume, la paye. A mon poste de cadre, je suis souvent le relais ( à double sens) entre la direction et les agents de service, du personnel soignant ou technique… Mon expérience m’a d’ailleurs appris que ma confiance ne pouvait se poser les yeux fermés sur une personne au regard de son titre ou de son grade.

Je regrette, que ne soit pas assez estimés, les métiers qui prennent soin de la vie.

Ce matin en descendant du tram, 2 nounous poussaient chacune une poussette double et avaient un enfant en main. Allaient-elles au relais assistantes maternelles? En tout cas j’ai admiré leur main protectrice, leur vigilance et repensé à mes enfants, que d’autres que moi, m’ont aidé à faire grandir en taille et en humanité.

Pour avoir également travaillé bien souvent avec des auxiliaires de vie, des agents de service à qui on a confié la manutention de personnes âgées, raides, handicapées, lourdes, je sais comment certains sont capables de se dépasser pour assumer les taches confiées. Et je pense aux assistantes de mon papa qui découvrent ce vieux monsieur, avec toute son histoire, sa gloire passée, ses souvenirs heureux et acceptent sa fragilité et ses déficits actuels sans jugement, avec patience…

Lorsque je travaillais en gériatrie, combien de fois ai-je entendu « ah, ben, je ne pourrais pas faire ce que vous faites »! Mais pour moi, il s’agissait d’un honneur de prendre soin de ceux qui ont fait notre histoire, qui nous ont donné la vie et laissé tant de savoirs.

Quand aux jardiniers, aux paysans, qui nourrissent les citadins, entretiennent nos campagnes et nos paysages, quelle honte que beaucoup soient si en difficulté pour vivre.

Parce que d’autres sociétés portent d’autres repères:

Ces pensées qui tournent dans ma tête depuis longtemps, ont rencontré un jour une touchante exposition. C’est à une belle table, celle de la maison Arribert à Uriage, que j’ai découvert l’hommage de l’artiste K-NARF aux petits métiers. Pendant plus d’un an il a photographié, au Japon, les ouvriers des rues et marché de Tokyo, un agent de gare, un garçon d’ascenseur, agent de la circulation, poissonnier du marché…. Tous ces petits boulots pour certains en voie de disparition et qui animent les rues, entretiennent les traditions, organisent la vie… tout simplement. Hatarakimono n’a pas de traduction en français, mais il désigne au Japon un travailleur qui pratique son métier avec application et implication, quelque soit l’importance de cette tache. C’est toute la considération que l’employé a, de sa mission qui en fait l’importance.

Belle découverte. J’ai apprécié ce partage. Pour en savoir plus, voici le lien vers le site de l’artiste. http://www.knarfart.com/ENTRANCE.html

invitation à se promener dans l'exposition de KNarf, les petits métiers de rue au Japon
Kyotographie

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